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Nemeton Encyclopédie du druidisme
Histoire · Antiquité

La conquête romaine et l'interdiction

La conquête de la Gaule par César (58–51 av. J.-C.) ne mit pas fin immédiatement au druidisme, mais les empereurs successifs — Auguste, Tibère, puis Claude — prirent des mesures de plus en plus radicales contre la classe sacerdotale gauloise.

Relu par le comité éditorial Publié le 9 juillet 2026 Lecture ≈ 7 min

César et les druides Source antique

César entretint avec les druides un rapport ambigu. S'il décrit longuement leurs fonctions dans le livre VI de La Guerre des Gaules, c'est en partie pour montrer la sophistication de la société qu'il a vaincue — et justifier ainsi la difficulté de sa conquête. Pendant la guerre elle-même, il s'appuya sur des druides alliés, en particulier Diviciacos l'Éduen, dont il fit un interlocuteur politique privilégié1.

Tableau : Vercingétorix à cheval jette ses armes devant César assis, entouré de légionnaires
« Vercingétorix jette ses armes aux pieds de César », Lionel Royer, 1899 (musée Crozatier, Le Puy-en-Velay) : l'imagerie nationale du XIXᵉ siècle, à lire comme telle. Domaine public, via Wikimedia Commons.

La conquête de 58–51 av. J.-C. ne s'accompagna pas, à notre connaissance, d'une interdiction formelle du druidisme. César avait besoin des élites gauloises pour administrer les territoires conquis, et les druides faisaient partie de ces élites. C'est sous ses successeurs que la politique romaine devint plus hostile.

Les décrets impériaux Source antique

Selon Suétone, Auguste interdit la pratique du druidisme aux citoyens romains — une mesure qui touchait les Gaulois romanisés ayant obtenu la citoyenneté. Tibère alla plus loin en prenant un édit contre les druides et « cette espèce de devins et de médecins », selon la formule de Pline l'Ancien2.

L'interdiction la plus radicale est attribuée à Claude (empereur de 41 à 54). Suétone rapporte que Claude « abolit entièrement en Gaule la religion des druides, cruelle et barbare ». Le prétexte invoqué était le sacrifice humain, pratique incompatible avec l'ordre romain3.

᚛ Suétone, Vie de Claude, 25

« Il abolit entièrement en Gaule la religion des druides, cruelle et barbare, qu'Auguste avait seulement interdite aux citoyens romains. »

Suétone, Vie des douze Césars, « Claude », 25 — traduction de travail Nemeton.

Pourquoi l'interdiction ? Analyse

Les raisons de l'interdiction étaient probablement autant politiques que religieuses. Les druides constituaient la seule institution pan-gauloise, capable de fédérer les peuples au-delà de leurs rivalités tribales. Leur assemblée annuelle dans le pays des Carnutes, leur pouvoir judiciaire et leur autorité morale en faisaient un foyer potentiel de résistance à la romanisation4.

Le prétexte du sacrifice humain permettait de justifier l'interdiction en termes moraux et civilisationnels, un schéma classique de la politique impériale romaine. L'interprétation romana — l'assimilation des dieux gaulois à des divinités romaines — offrait une alternative religieuse qui ne menaçait pas l'ordre politique.

Survivances et disparition Analyse

L'interdiction du druidisme en Gaule fut probablement progressive et inégale selon les régions. Pomponius Mela, écrivant vers 43 ap. J.-C., mentionne encore des druides qui enseignent dans des lieux retirés, « en secret et longtemps »5. Mais au IIe siècle, les références aux druides gaulois se tarissent : la romanisation a fait son œuvre.

Dans les îles Britanniques, la destruction du sanctuaire de Mona (Anglesey) par Suetonius Paulinus en 60–61 ap. J.-C. porta un coup sévère au druidisme breton. Mais en Irlande, jamais conquise par Rome, la classe sacerdotale survécut sous des formes transformées — les filid — jusqu'à la christianisation.

Notes & références

  1. César, La Guerre des Gaules, I, 31 ; VI, 13.
  2. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXX, 4, 13.
  3. Suétone, Vie des douze Césars, « Claude », 25.
  4. Jean-Louis Brunaux, Les Druides, Paris, Seuil, 2006.
  5. Pomponius Mela, De Chorographia, III, 2, 18–19.

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