Le nom et sa signification Analyse
Le mot Beltaine (vieil irlandais Beltene, Beltaine) est traditionnellement interprété comme « feu brillant » ou « feu de Bel ». L'étymologie qui le rattache à un dieu *Belos ou *Belenos est séduisante — le théonyme Belenos est bien attesté en Gaule cisalpine et en Norique — mais linguistiquement discutée1. D'autres linguistes préfèrent y voir simplement le composé de bel- (brillant) et tene (feu), sans référence à une divinité spécifique.
La fête est fixée au 1er mai. Elle forme avec Samain le couple structurant de l'année celtique : Samain ouvre la moitié sombre (hiver), Beltaine ouvre la moitié claire (été). Les deux fêtes se répondent comme deux pivots symétriques du calendrier.
Les feux de Beltaine Tradition médiévale
Le trait le plus caractéristique de Beltaine est l'allumage de grands feux. Selon le glossaire de Cormac (IXe siècle), les druides allumaient deux feux entre lesquels on faisait passer les troupeaux pour les protéger des maladies de l'année à venir2. Cette pratique de purification par le feu est l'un des rites les mieux documentés du calendrier celtique.
« Beltaine, c'est-à-dire feu de chance (bel-tene), c'est-à-dire deux feux que les druides faisaient avec de grandes incantations, et on amenait le bétail entre ces feux contre les maladies de l'année. »
Sanas Cormaic (glossaire de Cormac), IXe siècle — tradition manuscrite irlandaise.
Le Lebor Gabála Érenn (Livre des Conquêtes d'Irlande) associe également Beltaine aux premiers temps mythiques : c'est à Beltaine que les Tuatha Dé Danann seraient arrivés en Irlande, brûlant leurs navires pour s'assurer de ne pas repartir. C'est aussi à Beltaine que les fils de Míl, ancêtres mythiques des Gaëls, auraient abordé l'île3.
Rites et interdits Analyse
Beltaine est une fête de la fertilité au sens large : fertilité des troupeaux, des champs, de la communauté. Les récits irlandais mentionnent des assemblées, des festins et des jeux athlétiques, à l'image de ceux de Samain. La dimension sexuelle et nuptiale de la fête est soulignée par plusieurs textes, même si les scribes monastiques qui les ont copiés ont pu en atténuer certains aspects.
Les textes mentionnent aussi des interdits (gessa) propres à cette date : il pouvait être interdit de laisser sortir le feu de la maison, ou de prêter certains objets, de peur que la prospérité du foyer ne s'en aille avec eux. La croyance voulait que les síde (êtres de l'Autre Monde) fussent particulièrement actifs à Beltaine, comme à Samain — les deux fêtes étant les moments où le voile entre les mondes s'amincissait4.
Sur le continent, nous ne disposons pas de témoignages directs sur une fête celtique du 1er mai. Les inscriptions dédiées à Belenos en Gaule cisalpine et les fêtes de mai du folklore européen suggèrent une parenté, mais les preuves formelles manquent. Il convient de distinguer ce que les textes irlandais nous apprennent de ce que l'on projette sur le monde celtique continental.
Le 1er Mai et ses échos Postérité moderne
Les fêtes de mai en Europe — arbres de mai, rondes, couronnes de fleurs — sont souvent rapprochées de Beltaine. Le rapprochement est tentant mais demande des nuances : les fêtes de mai médiévales et modernes ont des origines multiples, romaines (Floralia), germaniques et locales, qui ne se réduisent pas à un héritage celtique unique5.
Le néo-druidisme contemporain fait de Beltaine un moment de célébration de la nature renaissante. Les cérémonies modernes reprennent le motif des feux jumeaux et y ajoutent des éléments de méditation sur la fertilité, la créativité et le renouveau. Ces pratiques s'inspirent librement des sources médiévales sans prétendre reproduire un rituel antique dans ses détails exacts.
Notes & références
- Sur l'étymologie de Beltaine et le théonyme Belenos : Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Paris, Errance, 2003, entrée « Belenos ». ↩
- Sanas Cormaic, entrée « Beltaine ». Édition : Kuno Meyer, Sanas Cormaic, 1912. ↩
- Lebor Gabála Érenn, recension du XIe siècle. Voir R. A. S. Macalister, Lebor Gabála Érenn, Irish Texts Society, 1938–1956. ↩
- Guyonvarc'h et Le Roux, Les Fêtes celtiques, 1995. ↩
- Ronald Hutton, The Stations of the Sun, Oxford, 1996. ↩