Le personnage Postérité moderne
Edward Williams (1747–1826), né à Llancarfan dans le Glamorgan, prit le nom bardique d'Iolo Morganwg (« Iolo du Glamorgan »). Autodidacte passionné par l'histoire et la poésie galloises, il était aussi un faussaire prodigieux. Pendant des décennies, il fabriqua des manuscrits, des poèmes et des traités qu'il attribua à des bardes médiévaux, trompant les savants de son temps1.
Ses motivations étaient multiples : fierté régionale (il voulait prouver la supériorité littéraire du Glamorgan), nationalisme gallois, et conviction sincère que les traditions qu'il « retrouvait » avaient réellement existé. La frontière entre imposture et vision était chez lui toujours floue.
La fondation du Gorsedd Postérité moderne
Le 21 juin 1792, sur Primrose Hill à Londres, Iolo organisa la première cérémonie du Gorsedd Beirdd Ynys Prydain (« Trône des bardes de l'île de Bretagne »). Il prétendit perpétuer une tradition immémoriale de cérémonies bardiques incluant un cercle de pierres, une épée de paix et des grades d'initiation (barde, ovate, druide). En réalité, tout le cérémonial était de son invention2.
En 1819, le Gorsedd fut intégré à l'Eisteddfod nationale galloise — le grand festival de poésie, musique et culture galloises. Cette union perdure : chaque année, le Gorsedd, en robes blanches, bleues et vertes, préside les cérémonies de l'Eisteddfod nationale du pays de Galles.
Le Barddas Postérité moderne
Le Barddas, publié posthumément en 1862 par Ab Ithel, présente un système cosmologique et théologique complet attribué aux anciens bardes gallois. On y trouve le concept d'Annwn comme néant originel, de Gwynfyd comme état de béatitude, et de Ceugant comme cercle divin inaccessible. Ce système est entièrement une création d'Iolo, sans fondement médiéval3.
Un héritage ambigu Analyse
Les travaux de Griffith John Williams et de Mary-Ann Constantine ont définitivement établi l'ampleur des falsifications d'Iolo. Paradoxalement, son héritage reste vivant : le Gorsedd est une institution nationale galloise respectée, et ses « traditions inventées » ont contribué à la survie de la culture galloise pendant les siècles d'anglicisation. Le néo-druidisme contemporain puise largement dans ses créations4.
Notes & références
- Mary-Ann Constantine, The Truth against the World: Iolo Morganwg and Romantic Forgery, Cardiff, University of Wales Press, 2007. ↩
- Geraint H. Jenkins (éd.), A Rattleskull Genius: The Many Faces of Iolo Morganwg, Cardiff, University of Wales Press, 2005. ↩
- Ab Ithel (éd.), Barddas, Llandovery, 1862. Critique : Patrick Sims-Williams, « The Invention of Tradition in Medieval Wales and Ireland », Celtica, 21, 1990. ↩
- Ronald Hutton, Blood and Mistletoe, Yale, 2009. ↩