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Ribemont-sur-Ancre (Somme) est d'abord connu comme un vaste sanctuaire gallo-romain, fouillé à partir des années 1960 : temple, théâtre et thermes s'y étagent le long d'un axe monumental. Mais sous cet ensemble romain, les campagnes de fouille menées ensuite — reprises et publiées par Jean-Louis Brunaux et Patrice Méniel — ont mis au jour un enclos gaulois bien antérieur, daté du IIIe siècle avant notre ère. La continuité d'occupation, du dépôt guerrier gaulois au grand sanctuaire de l'époque impériale, fait de Ribemont un cas d'école sur la longue durée des lieux sacrés1.
L'ossuaire monumental Archéologie
À l'angle de l'enclos gaulois, les fouilleurs ont dégagé une construction sans équivalent connu : un empilement organisé d'os longs humains — fémurs, tibias, humérus — croisés et rangés en une structure grossièrement cubique d'environ un mètre et demi de côté, ménageant en son centre un espace autour d'un poteau. Les restes appartiennent à plusieurs centaines d'individus, en grande majorité des hommes jeunes, dont beaucoup portent des traces d'armes ; des fragments de panoplies guerrières — lances, boucliers, chaînes de ceinture — accompagnaient les ossements. Fait remarquable entre tous : les crânes manquent presque entièrement dans l'ossuaire1.
Des corps sans têtes Archéologie
D'autres secteurs de l'enclos ont livré des restes de corps qui semblent avoir été exposés entiers, mais décapités. L'hypothèse des fouilleurs est que les vaincus d'une grande bataille livrée dans les environs furent dépouillés de leurs têtes — trophées emportés, pratique que les auteurs antiques comme Diodore et Strabon attribuent explicitement aux Gaulois — tandis que les corps, eux, étaient dressés ou suspendus dans le sanctuaire avec leurs armes, offerts aux dieux et livrés à la décomposition avant que leurs os ne soient collectés et rangés2.
Aux ennemis tombés, ils coupent la tête et l'attachent à l'encolure de leurs chevaux ; ils clouent ces dépouilles à l'entrée de leurs maisons, et les têtes des ennemis les plus illustres, embaumées dans l'huile de cèdre, ils les conservent précieusement dans un coffre.
D'après Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, V, 29 ; témoignage parallèle chez Strabon, Géographie, IV, 4.
Trophée, sacrifice, ou funérailles ? Analyse
L'interprétation de Ribemont reste débattue, et c'est précisément ce débat qui rend le site précieux. Lecture dominante chez les fouilleurs : un trophée monumental élevé par les vainqueurs avec les corps et les armes des vaincus, geste de consécration guerrière plus que de culte funéraire. D'autres chercheurs soulignent que la frontière avec le sacrifice humain — que César impute aux Gaulois — ou avec un traitement funéraire particulier réservé à certains morts est difficile à tracer sur la seule foi des ossements. L'encyclopédie s'en tient ici à ce que les publications permettent d'affirmer : la manipulation massive, organisée et rituelle de restes humains dans un espace consacré, sans certitude définitive sur son sens3.
La longue vie du lieu Archéologie
L'enclos gaulois ne fut pas oublié : à l'époque romaine, un sanctuaire monumental de type gallo-romain lui succéda au même emplacement, cœur religieux d'un vaste ensemble avec théâtre et thermes. Que la mémoire précise du dépôt guerrier ait survécu ou non, la sacralité du lieu, elle, a traversé la conquête — un phénomène que l'on observe sur d'autres sanctuaires du nord de la Gaule, dont Gournay-sur-Aronde1.
Notes & références
- Jean-Louis Brunaux et Patrice Méniel, « Le sanctuaire de Ribemont-sur-Ancre », Gallia, 54, 1997. ↩
- Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, V, 29 ; Strabon, Géographie, IV, 4. ↩
- Jean-Louis Brunaux, Les religions gauloises, Paris, Errance, 2000 ; César, La Guerre des Gaules, VI, 16, sur les sacrifices humains attribués aux Gaulois. ↩