Les baies rouges qui protègent Tradition médiévale
Le sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia, en vieil irlandais caerthann) doit sa réputation à ses baies d'un rouge vif — couleur qui, dans la tradition celtique comme dans bien d'autres, marque l'appartenance à l'Autre Monde et la puissance apotropaïque. Le folklore irlandais et écossais, recueilli jusqu'à l'époque moderne, en fait l'arbre protecteur par excellence : une branche de sorbier au-dessus de la porte, de l'étable ou de la baratte écarte les mauvais esprits et préserve le lait des maléfices. Cette continuité folklorique est bien documentée ; sa remontée jusqu'à l'époque druidique, elle, ne peut être qu'hypothèse1.
Les sorbiers merveilleux du Síd Tradition médiévale
Dans les récits irlandais, le sorbier appartient souvent aux êtres du Síd. Le cycle des Fenians raconte ainsi l'histoire du sorbier de Dubhros : poussé d'une baie tombée des mains des Tuatha Dé Danann, l'arbre porte des fruits qui rendent la jeunesse et une manière d'immortalité, et le géant Searbhán le garde jalousement — jusqu'à ce que Diarmuid, fugitif avec Gráinne, l'abatte pour cueillir les baies. La configuration est constante : le sorbier marque un bien de l'Autre Monde égaré chez les hommes, qu'il faut garder, voler ou conquérir1.
Les claies du savoir Tradition médiévale
Plusieurs récits irlandais associent le sorbier aux opérations de voyance : des textes évoquent des devins ou des druides officiant sur des claies tressées, dont le bois est parfois précisé comme étant du sorbier. Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux ont rapproché ces claies des rituels divinatoires de la royauté irlandaise, où le voyant, enveloppé et couché, attend la vision qui désignera le roi. Le dossier textuel est réel mais mince et d'interprétation délicate : on retiendra prudemment que le bois protecteur par excellence passait aussi pour un bon support du contact avec l'invisible2.
Un arbre dans la loi Tradition médiévale
La classification juridique des arbres d'Irlande, conservée dans les textes de lois anciens étudiés par Fergus Kelly, range chaque essence selon sa valeur, des « arbres nobles » aux « buissons », avec des amendes graduées pour tout abattage illicite. Le sorbier y figure dans les catégories intermédiaires : arbre utile — bois dur, baies pour les oiseleurs — sans le rang économique du chêne ou du noisetier. Le contraste entre ce statut légal modeste et l'immense réputation surnaturelle de l'arbre montre que les deux hiérarchies, juridique et symbolique, ne se recouvrent pas3.